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Qui suis-je ,

"Visite aux Halles d'Orléans: fruits et légumes. Un regard horizontal vous livre le simple, le quotidien, la tomate mûre, les mesclun ou l'artichaut. Levez la tête et vous partez vers Venise, l'Islande ou Cuba: embarquement immédiat pour un voyage désorganisé. Car les destinations sont connues, pas les émotions, palpables, intactes, vivantes. Elles vont naître des rencontres éphémères, de l'instant, d'une lumière surtout. Romain est-il un peintre ou un photographe? Je sais qu'on lui pose souvent la question et qu'on prend souvent ses photos pour des tableaux. Qu'il s'agisse de figuration douce à la Edouard Hopper ou de néo-figuratif (jetez un oeil à son travail sur les graffs), ses photos sont magistralement structurées par la prééminence des couleurs et des lignes. L'existant (illuminations, décorations, réalisations extérieures publiques, matériaux, symboles...) est utilisé pour transmettre le message de l'artiste: une narration emplie d'onirisme, de lyrisme, de poésie. "L''art ce n'est pas de reproduire ce qui se voit, mais mettre en valeur ce qui ne se voit pas." Oui, l'objet est une photo ; oui, il nous parle comme une peinture parfois. Mais il s'agit fondamentalement du travail d'un artiste qui nous livre sans retenue ses émotions. L'homme est secret mais son art parle de lui et parle pour lui, de ses rêves, de ses richesses intérieures.
Partons en Islande: voyage au bout de la nuit. Ce titre a déjà servi. Et pourtant c'est bien ça, la nuit, les ténèbres, les entrailles de la terre. Ailleurs on ne les voit plus, on les oublie. Mais quand Romain nous parle de la bête qu'on entend gémir sous terre, avec ce gros bloc de béton qui la contient de peur sans doute de ses débordements, on sent bien que c'est du sérieux, une vraie rencontre. (insérer photo isl1) Tout se passe là, monde de fusions, de chaos, des passions et des pulsions. L'homme sort-il vraiment du ventre de sa mère ou de ce magma grandiose et terrifiant? Cette matière visqueuse semble la parfaite métaphore de notre inconscient. La photo, elle, par un habile détour artistique, regarde ailleurs et suggère une suite qui ne manque pas de nous interroger. Des boyaux de fonte tentent de digérer la puissance maléfique d'en canaliser la force au service du bien-être humain. D'un côté, Vulcain, de l'autre un alchimiste qui transmute la lave incandescente en douceur domestique. Que faisons-nous, nous-mêmes, des fantômes qui nous habitent? Puis viennent des images nocturnes d'un port, avec des bleus à couper le souffle.(photo isl31) Beauté absolue, sans concession à la moindre douceur, c'est lumineux et sombre, coupé par la lame horizontale du miroir. Symétrie quasi brutale. Pas inhumaine, non, mais la vie c'est à nous de la chercher, dans le halo, le bâtiment au mouillage, ou ailleurs dans notre imaginaire. Une heure... Deux heures... Le mouvement est arrêté mais l'immobilité de ces photos exerce une fascination intense. D'abord une émotion esthétique, puis ça devient un lieu dans lequel on entre et qu'on s'approprie.
Romain, tes photos sont belles. Mais elles sont plus que cela. Ton oeil regarde et compose, certes. Mais au-delà ces images suscitent le partage muet des émotions et des interrogations qui font de nous des humains. Continue à nous émerveiller, à nous faire voyager dans le réel et dans le rêve dont nous avons tant besoin. Saint-Exupery disait que le langage est source de malentendu. Le langage artistique s'approche plus sûrement de la vérité."
JL
Merci Jack. Tu m'as compris mieux que quiconque. Mieux que moi-même. Ton courrier met en exergue la puissance de l'image, qui peut toucher, émouvoir, véhiculer une signification qui dépasse son auteur.Et ce n'est pas le moindre des plaisirs du photographe.

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